RDC/Crise politique : les tireurs de ficelles 

Décidément, la République Démocratique du Congo doit être un pays « pas comme les autres »pour donner autant d’insomnies à certains dirigeants du monde, dont les agendas quotidiens de travail comportent toujours, en priorité, non pas les affaires courantes de leurs pays, mais la « gestion à distance » de celles du Congo.

Autrement, comment comprendre l’acharnement maladif de la Belgique à vouloir se faire à ce point le champion de l’ingérence dans les affaires intérieures de la RDC, jusqu’à vouloir dicter aux fils et filles de ce pays la manière de préparer leur repas ou de ranger leur lit.

Le comble dans cette posture, c’est l’arrogance de « père-fouetteur » qu’affichent les officiels belges à l’égard du Congo, ignorant à la fois usages et langage diplomatiques. Ainsi se présentent aujourd’hui les rapports entre les deux pays, que certaines personnalités à Bruxelles voudraient voir calqués sur ceux de « maître à esclave », à la faveur de la crise politique tissée autour de la fin du mandat des institutions en place en RDC et de l’organisation des élections qui en découlent.

Au fil des jours, on aperçoit clairement la partition jouée en coulisse par la Belgique au sein de ce qui s’apparente à un « orchestre symphonique » chargé de donner au peuple congolais non pas un concert agréable, mais cacophonique.

En effet, dans une interview la semaine dernière au quotidien « Le Soir », le chef de la diplomatie belge Didier Reynders, justifiant la décision de la Belgique de limiter à 6 mois maximum la durée des visas accordés aux responsables de RDC porteurs de passeports diplomatiques « en raison de l’évolution de la situation politique dans son ancienne colonie », affirmait vouloir savoir « dans quel contexte, dans quel cadre, on se trouvera (en RDC) après le 20 décembre 2016 ».

« D’ici le 19 décembre, il faudra savoir avec clarté qui gérera le pays et donc faire redémarrer le dialogue en y associant des personnalités importantes (…) », ajoutait-il, citant notammentEtienne Tshisekedi.

Pour M. Reynders, la RDC doit lui rendre compte. Comme ce fut le cas avec les conclusions du conclave du Rassemblement à Genval, qui lui ont été remises pour « approbation ». Pire, le Congo doit « faire redémarrer le dialogue ». Ordre de général à la troupe !Et lorsqu’on entend les ténors du Rassemblement de l’opposition relayer, à la virgule près, les mêmes termes pour réclamer à cor et à cri « un autre dialogue » devant remplacer celui en cours convoqué par le Président Joseph Kabila, l’on comprend aisément d’où viennent les ordres.

Ainsi se dissipe l’opacité qui planait sur l’originede la situation que vit actuellement le pays. Plus qu’en 1960, la Belgique vient maintenant d’ôter gants et masque, pour boxer mains nues et à visage découvert, afin de créer le chaos dans le pays, au besoinau prix du sang.

Pourtant, dans son mot d’ouverture du conclave de Genval en juin dernier, le président de l’UDPS Etienne Tshisekedi avait déclaré qu’en organisant cette rencontre, il pensait réunir « en patriotes » les forces politiques et sociales de la RDC pour échanger notamment sur les questions qui entravent l’organisation, dans le délai constitutionnel, des scrutins prévus et dégager les meilleures voies d’assurer au pays « des élections libres, transparentes et apaisées ». Il avait alors plaidé pour le dialogue « entre fils et filles du pays », estimant que le dialogue « fait partie non seulement de la culture africaine, mais également de l’histoire de la RDC ». Force est maintenant de croire qu’il a bien été abusé et détourné de sa vision patriotique par ses « maîtres à penser ».

Un dialogue « entre fils et filles de la RDC » est un langage clair.Il ne réserve aucune place à l’étranger, fût-il celui qui veut incarner aussi bien le gouvernement que le peuple du Royaume de Belgique. Sans l’ingérence et le venin du gouvernement de ce pays et de ses alliés, la classe politique congolaise était bien capable de s’entendre sur ses divergences, afin d’arriver à l’organisation des élections transparentes et apaisées, sans effusion de sang.

Dans un passé pas très lointain, la Belgique avait défrayé la chronique pour avoir passé plus d’une année sans gouvernement. Pour autant, aucun pays au monde – et encore moins la République Démocratique du Congo – ne s’était ingéré dans cette crise, laissant aux seuls Belges le soin de régler eux-mêmes leurs divergences en vue de parvenir à la paix sociale. La Belgique l’a sans doute oublié.

De toute évidence, jamais dans le monde les élections n’ont provoqué autant d’intérêt qu’en RDC de la part des puissances étrangères,qui s’agitent bruyamment alors que la constitution du pays a prévu tout le mécanisme pour la fin d’un mandat présidentiel dans un climat apaisé. L’on ne peut alors que s’interroger sur les dessous des cartes affichées par les « oncles » du Nord.

Le peuple congolais doit, une fois pour toutes, prendre conscience des enjeux et des stratégies du néo-colonialisme. Il doit se mettre en tête que jamais les maîtres à penser ne viendront bâtir son bonheur, car ces pays n’ont pas d’amis, mais uniquement des intérêts.

Share This Post