Le français a trois caractéristiques à Lubumbashi, selon la professeure Irène Ngoie

Lubumbashi, 25 mars 2019 (ACP).- Le chevauchement de « vous » et de « tu », le métissage linguistique et l’utilisation de l’argot par la jeunesse, sont les trois grandes caractéristiques de la langue française à Lubumbashi, selon le résultat d’une étude menée par la professeure associée de l’Université de Lubumbashi, la linguiste Irène Ngoie.

Celle-ci a révélé ce résultat samedi à l’Alliance Française en mutation au cours d’une conférence-débat axée sous le thème «le français à Lubumbashi : représentations et usages» à laquelle ont participé des élèves, des étudiants, des artistes, des journalistes, des littéraires, des parents, des enseignants de français et des professeurs.

Mme Irène Ngoie a indiqué que les pronoms personnels « vous »  et « tu », sont utilisés simultanément dans une phrase ne renfermant qu’un seul sujet chez plusieurs locuteurs du français à Lubumbashi. Elle a expliqué le métissage linguistique en relevant qu’à Lubumbashi, un locuteur est capable d’utiliser des vocabulaires de français, de swahili, de lingala ou d’une autre langue ethnique dans une phrase. Chez les jeunes, a-t-elle renchéri, l’argot est couramment utilisé entre eux en donnant l’exemple de bosser, qui, à Lubumbashi, signifie tout simplement travailler dur.

Ces trois caractéristiques du français  sont retrouvées auprès des personnes ayant appris les normes grammaticales du français, c’est-à-dire des élèves, des étudiants et des adultes ayant un niveau au moins de licencié, alors que les personnes ayant appris à parler français sur le tas comme des domestiques ayant travaillé dans une famille où seul le français a été la langue principale, parlent correctement bien qu’ignorant les normes de cette langue, a souligné la linguiste.

Les langues ethniques, une  richesse linguistique et culturelle de la RDC

La professeure associée et linguiste Irène Ngoie a révélé que les différentes langues ethniques de la RDC sont une richesse linguistique et culturelle, qui normalement, à travers leur cohabitation et influence mutuelle, devraient favoriser l’unité et l’inclusion en lieu et place du tribalisme ou du régionalisme.

Les langues ethniques, a-t-elle démontré, s’empruntent des mots qui parfois sont utilisés en français, sans que le locuteur de Lubumbashi s’en soucie. Cependant, a déploré la linguiste, le locuteur d’une langue ethnique ou régionale donnée regarde et voit  d’un œil méprisant son compatriote usant dans sa communication courante une autre langue que la sienne, alors que cette diversité linguistique de la RDC qui est perceptible à Lubumbashi, devait rendre tout citoyen fier de cette richesse des langues et des cultures.

Elle a demandé à chaque habitant de Lubumbashi d’être fier de sa langue et de la parler sans aucun complexe. Elle l’a invité à sortir de la tête cette représentation abaissante du locuteur d’une autre langue ethnique qui entretient le tribalisme et le régionalisme, antivaleurs freinant le développement et la paix.

Cette conférence-débat a eu comme objectif la vulgarisation de la francophonie et de la semaine francophone, a dit le président du conseil d’administration de l’Alliance Française en mutation, Robert Aaron Tshibang. ACP/ Kayu/DNM/KJI/JFM

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