Le mythe de la femme dans le secteur minier au Lualaba et dans le Haut Katanga

Lubumbashi, 25 mars 2019 (ACP).- Les femmes ayant participé à la 31ème session du cadre de concertation de l’Investissement Durable dans le Katanga IDAK sous le thème : «Femmes et mines : accès aux ressources minières et création des conditions favorables à la promotion de l’emploi de la femme dans les mines» tenue du 19 au 20 Mars 2019 à Lubumbashi, ont unanimement dénoncé le mythe autour de la femme dans les mines qui l’empêche de prospérer dans le secteur porteur de croissance dans les provinces du Lualaba et du Haut Katanga.

Les creuseurs de ces deux provinces entretiennent des croyances selon lesquelles la présence de la femme sur un site minier est la cause de la disparition du filon des minerais et de la diminution de la teneur des matières minérales. Les mêmes croyances démontrent que  la femme est appelée «Nyoka» qui veut dire serpent à mauvais sort.  Ces croyances sont enracinées dans les têtes des creuseurs artisanaux et chefs traditionnels qui ne tolèrent aucunement voir la femme dans ou près des carrières d’exploitation des minerais.  Ce mythe discrimine ainsi la femme qui n’arrive pas à percer et à exploiter à son profit ce secteur, qui, jusqu’à ce jour, demeure à prédominance masculine.

Ce mythe est un problème sociologique crucial qui discrimine la femme et ne la laisse pas profiter des retombées des activités dans les zones d’exploitation artisanale en limitant son champ d’activité et d’autorité. Ainsi, la femme n’est jamais propriétaire de puits d’exploitation artisanale, et ses travaux sont connexes à l’exploitation. Elle travaille dans les laveries à longueur des journées faisant face aux intempéries et exposées à des multiples maladies sous les chaleurs accablantes du soleil et se contente du négoce. Elle est surexploitée par les propriétaires des puits, et fait régulièrement face aux violences basées sur le genre, aux intimidations et autres formes de stigmatisation.

Ce préjugé est valable tant pour la femme dans l’administration que pour celle œuvrant sur les sites dans le secteur minier.

La sensibilisation et l’information, seuls moyens de briser ce mythe

Les femmes ont relevé que la sensibilisation et l’information sont les moyens que peuvent utiliser les organisations de la société civile du Lualaba et du Haut Katanga pour briser ce mythe autour de la femme dans le secteur minier artisanal.

Elles ont proposé que la sensibilisation commence par les autorités traditionnelles des Entités Territoriales Décentralisées où demeurent les zones d’exploitation artisanale, étant donné leur statut social de garant et conservateur des us et coutumes. Les chefs coutumiers doivent être informés que la présence de la femme n’influe guère sur la présence ou l’existence de filon de minerais, et que celui-ci se retrouve à un endroit précis dès la formation du gisement et qu’il ne peut jamais disparaître à cause de la présence de la femme sur un site minier quelconque. Les exploitants artisanaux et la société entière nécessitent également cette sensibilisation et information en vue de mettre fin à cette mise à l’écart de la femme dans le principal secteur économique de deux provinces.

Les femmes préconisent aussi la vulgarisation du nouveau code minier qui offre à la femme et à l’homme un accès égal aux ressources minérales.

Micheline Kyenge, une géologue bravant le mythe de la femme dans la mine

Micheline Kyenge est une femme géologue d’une trentaine révolue travaillant depuis près de 10 ans dans une entreprise minière industrielle dont elle a requis l’anonymat et bravant le mythe de la femme dans la mine en ayant mené des travaux de prospection et en faisant de la mine souterraine son quotidien.

Elle fustige ces croyances et se dit fière d’être une femme qui le défie en prouvant ses compétences dans un domaine de travail souvent considéré comme réservé exclusivement aux hommes. Micheline Kyenge dément de toutes ses  forces que jamais un filon de minerais n’ait été déclaré disparu à cause de sa présence au cours des prospections et des travaux dans les mines avant de déplorer le fait que beaucoup d’acteurs des zones d’exploitation artisanale demeurent accrochés à ce  mythe retardant la femme dans ce secteur.

Elle lie sa passion pour la géologie  au fait d’être une native de la cité minière de la Sodimico qui, admirant le travail des miniers, a déclenché en elle une curiosité l’ayant conduite durant son jeune âge à collectionner toutes les pierres qu’elle trouvait spéciales sur son chemin.

Dans son intervention axée sur l’état des lieux de la femme dans le secteur minier industriel, elle a relevé que  la femme est assez représentée dans l’administration alors que sa présence dans les mines à proprement parlé peut être évaluée à 1%. Elle attribue cette sous-représentation au fait que les études des sciences sont considérées dans la société congolaise comme exclusives aux hommes, et que la femme qui les embrasse doit quotidiennement faire face à un regard singulier.

Micheline  Kyenge a exhorté les parents à encourager leurs filles à opter pour la polytechnique et la géologie à l’université. Elle a invité la jeune fille à ne pas ignorer les opportunités d’emplois qui leurs sont offertes afin de relever cette disparité numérique des hommes et des femmes dans le secteur minier.ACP/ Kayu/DNM/KJI/JFM

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