Soudan : les parties prenantes aux discussions annoncent la signature d’un accord sur une transition politique de trois ans

Kinshasa, 15 mai 2019 (ACP).- Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan et des représentants des manifestants ont annoncé tôt mercredi, à l’issue de discussions marathon, un accord sur une période de transition politique de trois ans devant préparer un transfert du pouvoir aux civils, ont rapporté les agences internationales.

“Nous sommes tombés d’accord sur une période de transition de trois ans”, a déclaré à la presse le général Yasser Atta, membre du Conseil militaire qui a pris le pouvoir après l‘éviction le 11 avril du président Omar el-Béchir, emporté par une vague de protestations qui a commencé en décembre après le triplement du prix du pain.

Madani Abbas Madani, un représentant de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance du mouvement de protestation, a confirmé cet accord. Jusqu’ici, les manifestants voulaient une période de transition de quatre ans alors que l’armée voulait l‘écourter à deux ans.

Selon le général Atta, les six premiers mois de la période de transition de trois ans seraient consacrés à conclure des accords de paix avec les mouvements rebelles dans l’ouest et le sud du Soudan. L’officier supérieur a également fait état d’un accord sur les prérogatives et la composition de la future assemblée législative.

Elle comprendra, a-t-il précisé, 300 membres désignés et sera constituée à hauteur de 67% par des représentants des manifestants, réunis au sein de l’ALC. Le reste de l’assemblée sera occupé par les forces politiques non affiliées à l’ALC. Cette coalition réclame un transfert du pouvoir à une autorité civile et s’appuie sur le soutien de manifestants qui campent devant le QG de l’armée à Khartoum depuis le 6 avril.

Par ailleurs, le haut gradé soudanais n’a pas fait état d’un accord sur la composition du Conseil souverain, qui sera la haute autorité de la période de transition devant précéder le transfert total du pouvoir aux civils. L’armée cherche à avoir la majorité au sein de ce conseil alors que l’ALC veut qu’il soit dominé par les civils, ont ajouté les mêmes sources.

De son côté, le général Atta a promis un accord total en moins de 24 heures pour répondre aux aspirations du peuple. Les discussions entre le Conseil militaire et l’ALC avaient commencé lundi. Elles ont donné lieu au premier jour à une entente rapide sur la structure des institutions de la période de transition, à savoir un Conseil souverain, un cabinet et une assemblée législative.

Mais des violences, qui ont fait six morts – cinq civils et un militaire – et de nombreux blessés, selon des sources médicales et militaires, ont fragilisé les pourparlers. Madani Abbas Madani, représentant de l’ALC, a précisé que les deux parties avaient décidé de former une commission d’enquête sur les violences mortelles de lundi soir.

Le Conseil militaire avait attribué ces violences à des “éléments” cherchant à faire dérailler le processus politique. Sur le lieu du sit-in face au QG de l’armée à Khartoum, des manifestants ont mis en cause les partisans du régime du président déchu Omar el-Béchir.

Certains ont pointé du doigt l’unité controversée de la Force de soutien rapide (RSF).

Composée de miliciens accusés par des groupes de défense des droits humains d’exactions au Darfour, la RSF fait désormais partie de l’armée soudanaise. Elle est commandée par le général Mohamad Hamdan Daglo, surnommé “Himeidti”, également chef adjoint du Conseil militaire de transition.

Les incidents sanglants de la nuit avaient été précédés par de premières tensions: dimanche soir, des manifestants avaient bloqué une grande artère de Khartoum, la rue du Nil, en accusant les militaires d’avoir fermé un pont menant à leur sit-in permanent. ACP/Kayu/DNM/Wet/Kji

Partagez cet article