Décès à Kinshasa du guitariste « Brazzos » Armando Mwango Fwadi-Maya

0
86

Kinshasa, 10 oct. 2019 (ACP).- Le célèbre guitariste accompagnateur « Brazzos » Armando Mwango Fwadi-Maya, un de deux derniers  survivants ayant participé à l’enregistrement  de la célébrissime chanson « Indépendance chacha », en 1960, avec l’African Jazz, est décédé jeudi 10 octobre, à son domicile, dans la commune de Bandalungwa, à Kinshasa, après une longue période de maladie, a appris l’ACP jeudi de sources familiales.

Cet homme, qui meurt à l’âge de 85 ans, est une figure légendaire de la musique congolaise, un des meilleurs guitaristes rythmiques de l’histoire de la musique congolaise et de la rumba moderne dans lequel il a excellé par la maîtrise des classiques de ce style de musique et son jeu originel de la guitare d’accompagnement.

Né à Léopoldville (actuellement Kinshasa), le 21 avril 1935, Armando Mwango Fwadi-Maya a fait, dans les années 40-50, ses études primaires et moyennes cumulativement à l’Ecole de l’Armée du Salut, au quartier Citas, dans ce qu’est devenue la commune de Barumbu, et à l’Institut Saint Joseph de la paroisse Sainte Anne, dans une portion du quartier Kalina, actuelle commune de la Gombe. Il y a ajouté, pendant ses temps de loisirs, l’apprentissage de la guitare auprès de Freitas d’Oliveira et Georges Edouard, musiciens angolais de San Salvador (devenu Mbanza Kongo).

Dans son parcours musical, il a travaillé aux cotés des guitaristes racés tels que  l’accompagnateur « Déchaud » Mwamba, les solistes Tino Baroza et Nicolas Kasanda, en 1950, avant d’être embauché en 1951, à la Société de transport automobile de l’Etat (STA). C’est plus avec le guitariste Georges Dula que Brazzos avait approfondi ses connaissances rythmiques.

Dans son répertoire figurent des œuvres à grand succès, exécutées particulièrement dans l’OK Jazz, telles que « Biliaki yo bikoki », « Cha cha cha de lzombo », « Nabanzaki Anzelu », « Fifi nabanzi yo », « Bozongisa motema », « Ata okeyi », « Comobaila to », « Bolingo na ngai mwana mama », « Bailamos negro », « Sukola motema olinga », « Yaka na koki te », etc.

Lors de la Table Ronde politique de Bruxelles, début 1960, et à l’initiative de Thomas Kanza, l’orchestre African Jazz de Joseph Kabasele y est associé pour agrémenter les rencontres des leaders politiques congolais, partis discuter des modalités de l’accession du Congo Belge à l’indépendance.

Deux ténors de l’OK Jazz, à savoir le chanteur Vicky Longomba et l’accompagnateur Brazzos Armando Mwango, composent le groupe amené en terre belge en ce moment historique. Evidemment, ils participeront à l’enregistrement des chansons liées à ce grand événement dont la plus marquante est « Indépendance Chacha ».

A propos également de Brazzos, il est à signaler qu’à la fin des années 50, il combinait sa présence sur la scène musicale avec des prestations sur le terrain de football, aux compétitions de l’Association Royale Sportive du Congo (ARSC), dans les rangs de l’AS Victoria Club.

Il avait même pris part au match du dimanche 4 janvier 1959, entre son équipe et le FC Mikado de la Société anonyme belge de navigation aérienne (SABENA), vainqueur par 1-3. Une défaite de trop ayant entraîné le courroux des supporteurs vert et noir qui étaient allés, au sortir du stade Roi Baudouin, se mêler, pas loin de là, toujours au quartier Renkin – débaptisé quartier Matonge – aux émeutiers du parti politique Alliance des Bakongo (ABAKO), mécontents de l’annulation du meeting d’explication de leurs leaders à la place YMCA. Les partisans s’en prenaient à tous les symboles du pouvoir colonialiste…

« L’homme aux bras des os »

En 1952, Brazzos intègre les éditions de la Compagnie d’enregistrement du folklore africain (CEFA), du célèbre guitariste belge Bill Alexandre (le premier à introduire la guitare électrique en 1953 au Congo). Ce dernier parfait sa formation avant de le surnommer « Brazzos », qui signifie « L’homme aux bras des os ».

Brazzos débute sa carrière à la firme CEFA comme guitariste accompagnateur aux  côtés  de Roger  Izeidi, Roitelet  Moniania, Vicky  Longomba, Guy Léon Fylla et bien d’autres. Entre 1952 et 1955, Brazzos accompagne de nombreux artistes de l’écurie et contribue à la réussite de plusieurs œuvres à succès. En 1956 et, après la fermeture des éditions CEFA, Brazzos intègre les éditions Loningisa où il évolue comme musicien de studio.

A la fin de l’année 1956 et, à l’occasion du départ massif de l’OK jazz et des éditions Loningisa des musiciens Essous, Lando Rossignol, Pandi, Moniania Roitelet et autres pour les éditions Esengo – pour créer l’orchestre Rock-a-Mambo -, Brazzos intègre l’OK Jazz en même temps que Ganga Edo, Célestin Kouka et Nino Malapet. Il y reste jusqu’à 1959, lorsqu’il est contacté par Joseph Kabasele « Kalé Jeff » pour faire partie de l’orchestre African Jazz, invité à agrémenter, début 1960, les moments de détente des politiciens congolais, partis participer à la Table Ronde politique, à Bruxelles. Il figure comme bassiste à l’enregistrement de la célébrissime chanson « Indépendance chacha ».

Mais, auparavant, Brazzos avait fait partie de la formation de l’orchestre Bantous, en création à Kinshasa. Il se rétracta après plusieurs séances de répétitions à Kinsuka, dans la banlieue de Léopoldville (alors membre de l’Ok Jazz).

En 1962, à la suite d’une grande réconciliation, Brazzos et Vicky Longomba réintègrent l’Ok Jazz et, par ricochet, Edo Ganga et Loubelo «De la lune».

Cinq ans plus tard, Brazzos fait partie des dissidents de l’OK Jazz qui mettent en place l’orchestre «Révolution» avec Kwamy  Munsi, Mulamba Mujos, Michel Boyibanda et d’autres. De 1969 à 1976, Brazzos retrouve à nouveau le TP OK Jazz.

Puis, pour la énième fois, il abandonne la musique pour travailler jusqu’en 2004, comme bureaucrate dans une société privée, à Kinshasa. Admis à la retraite, il évolue ensuite à ses heures de loisirs dans le groupe des anciennes gloires «African Ambiance», jusqu’à ce qu’il tombe malade ces dernières années. ACP/Fng/Zng/May/Mpk/NNKV

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here