Les attaques des ADF pourraient constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre

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Kinshasa, 07 Juillet 2020 (ACP).- Les attaques du groupe armé ADF qui ont fait plus de 1 000 morts et des dizaines de blessés entre janvier 2019 et janvier 2020 pourraient constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, rapporte un document du Haut-commissaire de l’Organisation des nations unies aux droits de l’homme publié lundi à Genève en Suisse dont une copie est parvenu mardi à l’ACP.

Ce document indique qu’à la suite de campagnes militaires contre ce groupe armé au Nord-Kivu, en particulier depuis octobre 2019, les combattants des ADF se sont dispersés en petits groupes et certains de ces groupes ont fui vers d’autres zones, notamment dans le territoire d’Irumu dans la province voisine de l’Ituri, où le nombre et l’intensité des attaques ont considérablement augmenté.

Le même document souligne aussi que, compte tenu de la nature généralisée et systématique des attaques menées contre la population civile, certaines de ces atteintes aux droits de l’homme pourraient constituer des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.

« _Dans la majorité des cas, les moyens et le mode opératoire des attaques indiquent clairement l’intention de ne laisser aucun survivant. Des familles entières ont été achevées à la machette_ », peut-on lire dans ce document.

Selon les enquêtes du Bureau conjoint des nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) du 1er janvier 2019 au 30 juin 2020, 1066 civils ont été tués, 176 blessés et 717 autres enlevés par des combattants des ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Au cours des huit derniers mois, ajoute le BCNUDH, des soldats des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des agents de la Police Nationale congolaise (PNC), dont des membres des forces spéciales de la Légion nationale d’intervention (LNI), ont été responsables de la mort de 14 civils, de blessures graves sur 49 autres, ainsi que d’arrestations ou détentions arbitraires de 297 civils.

*Des enfants recrutés*

Au cours de la même période, note le document, 59 enfants ont été recrutés dans une école, sept centres de santé et des dizaines de maisons de civils ont été attaqués et pillés. Ces violences ont provoqué des déplacements massifs des populations entre septembre 2019 et juin 2020.

Les forces de défense et de sécurité nationale ont également commis de graves violations des droits de l’homme, en particulier depuis le lancement de leurs opérations militaires contre les ADF le 30 octobre 2019. Ces violations ont renforcé la méfiance de la population à l’égard des forces de sécurité et de défense, alimentées par la poursuite des atrocités commises par les groupes armés.

*400 combattants ADF attendent d’être jugés*

Depuis 2019, quelque 400 combattants des ADF attendent d’être jugés.

« _Nous appelons les autorités de l’État à redoubler les efforts pour mener à bien les dossiers judiciaires en cours contre toutes les allégations de violations et abus des droits de l’homme, de traduire en justice tous les auteurs présumés et d’assurer le droit à la vérité, à la justice et aux réparations pour les victimes et leurs familles_ », a déclaré la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et cheffe de la Mission de stabilisation en RDC, Leila Zerrougui, avant d’ajouter que « _les autorités devraient établir des programmes d’engagement communautaire afin d’améliorer les relations entre les FARDC et la PNC ainsi que les civils qui sont déployés.

*Appel à la mise en place des programmes crédibles et fiables de DDRR*  

Le document appelle également à la mise en place de programmes crédibles et fiables de désarmement, de démobilisation, de réinsertion et de rapatriement (DDRR) pour encourager les combattants à déposer les armes et à retourner à la vie civile, et aux membres des groupes armés étrangers à rentrer dans leurs pays d’origine.

Ces efforts devraient s’accompagner d’un processus global de justice transitionnelle, afin de prévenir la résurgence de la violence et de construire une paix durable dans la région, conclut le document. ACP/Kayu