Décès à Perpignan en France de l’ex-président du Congo-Brazzaville Pascal Lissouba

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Kinshasa, 25 août 2020 (ACP).-   L’ex- président du Congo – Brazzaville, Pascal Lissouba, est décédé, lundi 24 août, à l’âge de 88 ans,  des suites d’une maladie d’Alzheimer, à Perpignan, dans les Pyrénées -orientales françaises, où il vivait en exil depuis son éviction du pouvoir en octobre 1997, après la guerre civile qui s’est déroulée dans ce pays, ont rapportés les médias internationaux reçus mardi à Kinshasa.

Elu démocratiquement à la présidence du Congo-Brazzaville en 1992. Cinq ans plus tard, Pascal Lissouba a été  chassé du pouvoir par le général Sassou-Nguesso, au terme d’une sanglante bataille dans Brazzaville, rappellent les sources.

Claudine Munari, ancienne directrice de Cabinet de l’ex-président Lissouba, citée par les sources, rappelle que celui-ci était tombé parce qu’il avait défié une grande compagnie pétrolière française.

Atteint de la maladie d’Alzheimer durant ses dernières années de vie, le professeur Lissouba aimait la région française de Pyrénées, à cause de sa verdure et ses montagnes. Bien loin de Paris et de ses officines.

Condamné en 1977 dans l’affaire d’assassinat de l’ex-président Marien Ngouabi, Pascal Lissouba, passera  onze années  de son premier exil en France,  où il enseignait entre 1979 et 1990  la génétique à l’université de Créteil puis entre à l’Unesco en 1985 comme directeur du secteur sciences exactes et naturelles.

Avant de quitter le Congo, il avait  promis d’abandonner la politique, promesse faite à Omar Bongo. En 1991, la conférence nationale le rappelle à la politique. Mais avant de rentrer à Brazzaville, Pascal Lissouba passe par Libreville, où il a été reçu au Palais du bord de mer par Omar Bongo, qui le délit de sa promesse. Lissouba renoue avec la politique qu’il n’a jamais abandonnée véritablement, même de loin.

Quand Massamba-Debat est élu président de la République en 1963, il nomme Pascal Lissouba comme Premier ministre. Lissouba n’a alors que 32 ans, il est le plus jeune politique à occuper la Primature. Et ne manque pas d’idées : diversification de l’activité économique et diversification des coopérations et des investisseurs. Le gouvernement d’alors se tourne vers la Chine et le bloc communiste. Les Occidentaux en font les frais. Le 15 avril 1966, il démissionne. Les divergences avec Massamba-Debat deviennent trop fortes, notamment sur le dossier des nationalisations.

Une nouvelle tribune pour lui

La conférence nationale de 1991 est une nouvelle tribune pour lui. Les délégués restent bouche ouverte, cois. Pascal Lissouba ne prononce pas un discours politique à proprement parler, il ne flatte pas, ne galvanise pas des troupes. Lissouba est là pour démontrer : tableaux, fiches à l’appui, il dresse un état des lieux et des propositions dans un document intitulé « Instauration et organisation de la démocratie au Congo – Pour le redressement, le développement et l’unité ». Objectifs à atteindre, moyens, résultats attendus. Lissouba a un certain charisme, qui dégage une autorité, son discours, bien éloigné de simples slogans et sentences à l’emporte-pièce, déroute.

Les sources rappellent que Pascal Lissouba lorsqu’il était élu président du Congo en août 1992. Omar Bongo lui avait écrit une lettre dans laquelle le président gabonais multiplie les conseils : « Pour un gouvernement du départ, il faut contenter tous les alliés, quitte à réviser ta position par la suite. J’attends ta réaction si cela est possible. Bien fraternellement à toi. »

L’année 1992 marque un tournant dans la vie démocratique du Congo. L’élection présidentielle fait paraître 3 grands pôles régionaux : la Cuvette et les régions mbochi qui sont les fiefs de l’ex-parti unique et de son candidat l’ancien président Denis Sassou-Nguesso, le Pool, autour de Brazzaville, où le MCDDI de Bernard Kolélas obtient presque deux tiers des voix et enfin les régions du Niari, Bouenza et Lekoumou (surnommées pays NiBoLek), au sud-ouest, où Pascal Lissouba dépasse 80 % des suffrages. Mais Lissouba n’est pas l’élu de Brazzaville où il ne remporte que 17 % des suffrages. Pour le professeur, Brazza reste un abcès. Tous les observateurs de la vie politique congolaise l’affirment : le paysage du scrutin de 1992 est moins ethnique que régional. Pascal Lissouba veut incarner une modernité régionale, éloignée d’un ethnicisme archaïque. Le Professeur entend tirer l’Afrique par le haut. En février 92, lors d’un meeting, il prononce cette phrase qui marque tous les esprits : « Je suis venu pour vous servir, et non pas pour me servir. » L’homme est populaire dans le NiBoLek, mais pas seulement : il réussit à créer une dynamique de vote en sa faveur dans le Kouilou, les Plateaux et la Sangha. Ce travail de « labourage » électoral a été préparé de longue date : lorsqu’il fonde l’UPADS en juillet 1991, Pascal Lissouba sait s’entourer, notamment de jeunes politiciens, des lieutenants qui parcourent le pays et implantent le parti dans la population. C’est dans ce contexte que Lissouba a marqué des points et réussit sa campagne électorale. ACP/Fng/GGK/Thd