Soudan : le gouvernement à l’épreuve de la paix (Par Marcel Mulumba)

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Kinshasa, 16 octobre 2020 (ACP).- Les nouvelles autorités du Soudan qui dirigent la transition dans le pays, après la destitution de Omar el Bechir et la coalition qui constitue la rébellion, ont signé à Juba au Sud-Soudan l’accord de paix.

La signature de cet accord de paix, estiment les observateurs, amène les parties à mettre fin à plusieurs années d’une guerre civile de plus longue durée qu’a connue le continent. Il a fallu des pourparlers qui ont pris plus d’une année pour arriver à une entente avec les rebelles dans les provinces éloignées du pays. Dans les milieux politiques africains, on croit savoir que cette fois-ci serait la bonne pour permettre aux Soudanais de relancer l’économie de leur pays, en réduisant bien entendu, les dépenses folles qui absorbent une grande partie du budget de l’Etat.

Selon certaines clauses du traité, il est prévu d’intégrer les combattants rebelles dans l’armée nationale ainsi que de déléguer une partie de l’autorité aux régions.

Avec la signature de ce traité de paix, on peut dire que le nouveau gouvernement de transition est à l’épreuve dans ce sens qu’il a fallu le départ d’El Bechir pour y parvenir. Parce que, à l’analyse de la situation dans ce pays, on constate que les communautés arabes du Nord ne pouvaient s’entendre pour peu, avec celles du Sud. Evidemment, l’enjeu de la guerre, qu’est le pétrole était devenu un facteur de dialogue.

Au premier janvier 1956, le Soudan accède à l’indépendance et c’est le début de la guerre civile dans le Sud. Seize ans plus tard, en 1972, il y a eu la signature des accords d’Addis-Abeba qui consacrent la fin du conflit.

Le premier accord est rompu à l’initiative du Président Gaafar El Nimeiri, qui a restauré la charia dans le pays. Cette situation a poussé le Colonel John Garang, chef des forces sudistes à prendre de nouveau le maquis avec la création de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) jusqu’à l’accord de paix entre Khartoum et la rébellion. Avant même qu’il fonctionne, celui-ci va échouer du fait que les forces de John Garang n’y étaient pas associées.

Six mois auparavant, le président de la Commission de l’Union africaine Alpha Oumar Konné, qui s’est évertué à nouer le dialogue à Khartoum, au Darfour et dans les camps de réfugiés au Tchad, avait déclaré : « La paix au Soudan et la stabilité de toute la sous-région passent par la résolution du conflit au Darfour ». En aval de la même année, un cessez-le-feu a été signé à N’Djamena. Une mission d’observateurs était mise en place au Darfour sous la protection d’un petit contingent multinational avec des moyens logistiques importants dont des véhicules, des avions et autres hélicoptères sans oublier un budget estimé à quelques vingtaines des millions de dollars US.

Le conflit soudanais a connu la contribution de l’Union européenne, des Etats-Unis et le reste de l’argent devait parvenir de l’Union africaine. A ce sujet, Alpha Konaré avait par ailleurs confirmé sa volonté d’investir des moyens pour résoudre la crise et d’éviter qu’elle se propage.

L’histoire du Soudan indique que depuis 1972 plusieurs négociations ont eu lieu avec autant d’accord conclus, mais toutes n’ont pu avoir les chances de réussite. Celui du 09 janvier 2005, le gouvernement de Khartoum avait accepté les compromis favorables à la rébellion, surtout en ce qui concerne la sécurité, le partage des revenus du pétrole ou du pouvoir. De toutes les façons, l’accord donne l’autonomie aux provinces méridionales du Nil Bleu, du Kordofan Sud et du Kordofan Ouest et que les forces rebelles seraient intégrées dans l’armée soudanaise.

Il faut souligner ici que cette cérémonie a eu lieu au Soudan du Sud en présence du premier ministre égyptien dont le gouvernement a qualifié cet accord « d’historique ». La délégation du cabinet égyptien précise cependant que c’est le début d’une page lumineuse dans l’histoire du Soudan dans laquelle les efforts de son peuple composé de différentes sectes et courants nationaux s’unissent pour travailler à l’élévation et à la prospérité du pays. ACP/Kayu/ODM/Nig/NKV