Présidentielle en Guinée : cinq millions d’électeurs appelés aux urnes d’un scrutin contesté

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Kinshasa, 18 octobre 2020 (ACP).- Cinq millions d’électeurs Guinéens étaient appelés dimanche aux bureaux de vote ouvert dans ce pays pour se choisir un nouveau président  parmi les douze candidats sont en lice, dont le président sortant Alpha Condé, qui brigue un troisième mandat contesté, et son principal opposant Cellou Dalein Diallo, ont rapporté les médias locaux.

Ces bureaux de vote ont ouvert dimanche matin, avec même un peu d’avance sur l’heure prévu, 8h heure locale. Même si le vote se déroule sur toute l’étendue du territoire national, les Guinéens de la diaspora ont été nombreux à ne pas pouvoir s’exprimer. Ils ont voté dans seulement onze ambassades et consulats en Afrique, a-t-on appris de  la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Ce n’a pas été le cas au Sénégal ou encore en Angola, deux pays où résident nombre de ressortissants guinéens.

Pour l’opinion tant nationale qu’internationale, le principal enjeu de cette élection, c’est la reconduction d’Alpha Condé pour un troisième mandat, ou l’alternance à la tête du pays. Cette bataille, le chef de l’État, qui a fait modifier la Constitution lors d’un référendum controversé pour pouvoir se représenter, espère l’emporter dès le premier tour, par un nouveau «coup KO», comme il l’avait théorisé en 2015.

Viennent ensuite, pour les plus connus, Ousmane Kaba du PADES, Ousmane Doré, Kabélé Camara ou encore Abé Sylla, et deux femmes, Makalé Camara et Makalé Traoré. Tous prêts à disputer au «professeur» la magistrature suprême.

Malgré l’assurance donnée par  la Céni sur la préparation de ce vote, des commissaires de l’institution ont émis des doutes sur la crédibilité du processus et un climat de méfiance avait  régné dans les états-majors des partis politiques.

À quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote, les différents camps s’accusaient mutuellement d’entretenir la tension par des actes d’intimidations envers leurs délégués respectifs.

C’était le cas dans les rangs de l’UFDG, principal parti d’opposition, qui avait dénoncé «une organisation unilatérale» de la composition des bureaux de vote à la mise à disposition d’un PV unique pour tous les candidats. «Tout est fait pour créer la zizanie», avait  fustigé son secrétaire général Aliou Condé.

Du côté du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir, on était en revanche plutôt serein sur le déroulement des opérations de vote. C’est au moment du dépouillement et de la centralisation des résultats que la porte-parole du parti, Domani Doré, craint des tensions. «L’opposition a déjà prévenu qu’elle proclamera ses propres résultats alors que seule la Céni est en droit de le faire», s’était elle inquiétée. «Personne ne peut empêcher les citoyens de communiquer», avait  répondu Aliou Condé.

Ces deux principales formations avaient prévu de déployer des délégués dans chacun des 425 bureaux de vote de la préfecture. Leurs responsables avaient promis d’être vigilants sur la transparence du scrutin.

Octobre 2019. Des syndicalistes, des jeunes et des politiques ont décidé de s’unir autour du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Leur but : empêcher le président sortant, Alpha Condé, de modifier la Constitution afin de briguer un troisième mandat.

Le FNDC parvient à mobiliser de nombreux citoyens. Mais ces rassemblements se soldent par des affrontements avec les forces de l’ordre et des arrestations. Le FNDC opte ensuite pour des «journées ville morte».

En parallèle, le dialogue politique se crispe : s’appuyant sur les recommandations d’un rapport de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’opposition remet en question la fiabilité du fichier, qui comprend selon elle, des anomalies. Le 22 mars dernier, l’opposition avait appelé au boycott du référendum et des élections législatives. Estimant que le processus électoral n’est pas transparent, la communauté internationale n’envoie pas d’observateurs, rappellent les sources.

Cependant, le «oui» en faveur d’une nouvelle Constitution l’avait emporté finalement avec 91% des suffrages sur fond de violences : on avait compté officiellement, une trentaine de morts en Guinée forestière.

Puis fin août, coup de théâtre : après des débats internes houleux, l’opposant Cellou Dalein Diallo s’était engagé dans la course à la présidentielle. Le leader de l’UFDG avait décidé se «battre dans les urnes contre un troisième mandat du président sortant».

La Cédéao, qui avait finalement accompagné la Commission électorale dans la refonte du fichier, a estimé que ce dernier était désormais de «qualité satisfaisante». Malgré cela, certains membres de la Céni et de l’opposition avaient continué de douter de la fiabilité du processus électoral. ACP/CL/Fmb