CRRBac appelle à la mise en place d’un groupe d’experts  sur  la gestion durable des eaux du Bassin du Congo

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Kinshasa, 07 mars 2021(ACP).- Le directeur du Centre  de recherche  en ressources en eau du Bassin du Congo(CRRBac), le Pr Raphael Tshimanga Muamba, a proposé aux autorités compétentes  la mise en place urgente du groupe d’experts  interinstitutionnel et multidisciplinaire pour examiner les questions de la gestion durable des eaux du Bassin du Congo, lors d’un entretien samedi avec la presse.

Ce groupe, a-t-il précisé, devra avoir pour  mission, d’évaluer de façon méthodique et objective les informations d’ordre scientifique, technique, socio-économique et culturel, en vue d’orienter les politiques nationales et régionales sur la sécurité de l’eau dans le Bassin du Congo.

«La question de gestion du Bassin du Congo doit continuer à nous préoccuper», a dit l’expert de CRRBac, ajoutant que la question doit être abordée dans une stratégie globale de gestion durable des ressources en eau.

Il a fustigé le fait que depuis un certain temps l’on assiste avec fascination aux interventions des activistes, politiciens et scientifiques sur la problématique du transfert d’eau du Bassin du Congo, que certains n’hésitent pas à associer directement à la guerre de l’eau.

Information et désinformation sont bel et bien au rendez-vous, au risque de désorienter la prise de décision de gestion durable des ressources en eau, a relevé le Pr Tshimanga , indiquant que  son Centre, fort de son expertise sur les questions relatives à l’hydrologie, l’hydrodynamique et la gestion des ressources en eau du Bassin du Congo en général et celles de la RDC en particulier, tient à apporter sa modeste contribution pour éclairer l’opinion laquelle défendue  dans plusieurs occasions dans des forums tant au niveau national qu’international.

Du transfert d’eau du Bassin du Congo

Pour le  Pr Tshimanga, il y a près de quatre décennies qui se sont écoulées depuis la première proposition sur le transfert d’eau du Bassin du Congo pour ravitailler le Lac Tchad.

Les deux dernières décennies se sont caractérisées par une forte pression politique et scientifique sur les dirigeants des pays du Bassin du Congo, et plus particulièrement de la RDC à travers les initiateurs de différents projets.

L’expert de CRRBac a, à cet effet exprimé la nécessité pour l’Etat congolais ou mieux les pays du Bassin du Congo d’avoir une stratégie pour répondre aux questions régionales de pénurie d’eau qui du reste, devrait être exacerbée par les conditions futures de changement climatique.

«L’argument de ceux qui ont compris que la perturbation du système hydrologique du Bassin du Congo engendrerait des déséquilibres avec des conséquences à l’échelle globale est soutenu dans l’ouvrage intitulé ’’Hydrologie, Climat et Biogéochimie du Bassin du Congo: Fondation pour le Futur’’, sous presse dans American Geophysical Union -AGU Wiley, Edité par Doug Alsdorf, Raphael Tshimanga et Guy Moukandi, dont les Congolais tels que les Professeurs Raymond Lumbuenamo et Jean Marie Kileshye ont contribué à orienter la vision pour le futur», a –t- il souligné.

Cet ouvrage, a-t-il précisé, a bénéficié de la contribution de 106 auteurs et co-auteurs, dont 40 de l’Afrique, 40 de l’Europe, et 26 des Etats-Unis, Brésil, Australie.

De tous ces travaux de très haute facture scientifique (un exploit inédit pour le Bassin du Congo), un consensus s’est dégagé sur les conséquences d’un transfert direct interbassin, le Bassin du Congo, représentant un des poumons de l’humanité, la démarche est de le préserver et non le détruire.

Ces travaux  a poursuivi le Pr Raphael Tshimanga , donnent des réponses aux hypothèses de changement climatique, tourbière, cuvette centrale, la source de l’eau de la cuvette centrale et la façon dont cette eau quitte la zone humide, l’écoulement généré par les pluies historiques, le lien entre le changement climatique et la relation pluie-débit générée par la «ceinture de pluie tropicale», la déforestation et la production d’énergie hydroélectrique, ainsi que la quantité de carbone émise par les eaux du Congo.

Des solutions scientifiques efficaces et des stratégies pour le paradoxe de guerre de l’eau

Le  directeur du CRRBac, le Pr Tshmanga a  relevé le fait que ces travaux illustrent aussi un éventail des problèmes liés aux ressources en eau qui touchent pratiquement la région du Bassin du Congo et pour lesquels des solutions scientifiques efficaces doivent être trouvées.

«J’estime donc que les scientifiques congolais devraient sortir de la distraction du siècle, du binaire Transférer vers ne pas transférer» –mais plutôt se focaliser sur«la stratégie de gestion durable du Bassin du Congo», a-t-il souhaité, ajoutant que : «cette stratégie devrait nous aider à éradiquer le paradoxe congolais de la gestion durable de l’eau».

L’Etat congolais serait-il le meneur de la guerre de l’eau à sa propre population? , s’est-il interrogé, en notant que : «le potentiel hydroélectrique de près de 100.000 MW, la région du Bassin du Congo est la plus sombre de la planète, nous demeurons sans électricité et n’avons presque pas d’industries de transformation au regard des ressources naturelles renouvelables et non-renouvelées dont nous sommes dotées».

Il a fait savoir qu’avec près de 20.000 km de voies navigables, la navigation sécurisée n’est pas garantie et on enregistre plus de 2.000 cas de décès chaque année, avec un énorme potentiel en aquaculture et irrigation, la malnutrition est notre refrain quotidien, nous continuons à importer la nourriture et nous  ne sommes pas à mesure de contribuer à la réalisation des ODD en ce qui concerne la sécurité alimentaire.

L’expert  congolais a également  souligné qu’avec un volume annuel de plus de 1.300 milliards de m3 d’eau douce déversée dans l’océan, l’accès aux services d’eau potable et d’assainissement est un désastre  et nous continuons à importer l’eau «Eau virtuelle».

Avec son positionnement entant que deuxième bassin fluvial du monde après celui de l’Amazone, le Bassin du Congo demeure le moins étudié du monde, a-t-il estimé, en s’exclamant «voilà la vraie guerre de l’eau en RDC».

«Elle ne vient pas d’ailleurs, elle vient de nous même! Alors arrêtons cette distraction du siècle qui détourne l’attention des dirigeants congolais de leur propre responsabilité sur l’insécurité de l’eau en RDC. Nos populations attendent des réponses immédiates aux questions réelles de gestion des ressources en eau», a-t-il dit, tout en  évoquant  aussi les questions liées à la conservation de l’eau ou l’ignorance caractéristique des principes de base de gestion des ressources en eau.

CRREBac offre des bases des données

Le Pr Raphael Tshimanga a affirmé que CRREBac offre des bases des données accessibles au public et des outils d’aide de prise de décision.

Un outil de planification et de gestion intégrée des ressources en eau du Bassin du Congo qui sectorise l’ensemble du bassin en 1.740 sous-unités de gestion sur la base de sept thématiques. Il s’agit de  l’identification, du climat, des caractéristiques physiographiques, de  l’hydrologie, des risques d’inondation, des usages de l’eau et la qualité de l’eau.

Cet outil, a-t-il précisé,  permet d’évaluer les potentialités, orienter les investissements dans le secteur de l’eau et de procéder à des analyses. ACP/CL/May