Violences sexuelles en milieu professionnel : 2% des femmes de ménages victimes d’harcèlement à Ngaliema

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Kinshasa, 28 mars 2021 (ACP).- Environ 2% des femmes de ménages (employées des maisons) de la commune de Ngaliema sont victimes d’harcèlement ou des violences sexuelles en milieu professionnel, malheureusement elles n’osent pas dénoncer ce fait, renseigne l’ONG de défense de droit des femmes, des enfants et des personnes vivantes avec handicap  Appui à l’action du progrès social (APAC) .

Cette organisation l’a indiqué au cours d’une interview accordée à l’ACP dans le cadre du projet «Canada monde, la voix des filles et des femmes», initié par JHR (Journaliste des droits humains).

Selon Mme. Nanouche Ngalula, fondatrice de cette organisation non gouvernementale, les statistiques des violences faites aux femmes de ménages en milieu professionnel ne sont pas précises, vu que la majorité des victimes n’en parlent pas, et si elles en parlent, peu ont le encourage de dénoncer par peur des réactions de la société ou encore par peur de perdre leur emploi.

Mme Sophie Lutete victime d’harcèlement sexuel a fait savoir que son nouveau patron ne perdait pas d’occasion de se rapprocher d’elle à chaque fois que sa femme était absente de la maison.

Elle avait peur de le rapporter à sa femme vu qu’elle était si gentille envers elle. Et que son employeur lui disait que personne ne croira à son histoire. Un soir, son patron est entré soudainement dans la chambre où était installée pour lui proposer de coucher avec lui en échange de l’argent.

Comme elle avait refusé, ce dernier a voulu abusé d’elle. Elle a réussi à s’échapper et s’est rendu à la police pour porter plainte. Malheureusement, son employeur a nié les faits et l’a accusé de vol.

«J’étais mis aux arrêts pendant deux jours, et le lendemain sa femme est venue payer la caution et m’a suppliée de ne pas divulguer cela en m’offrant une grande somme d’argent pour démarrer un commerce», a-t-elle confié.

M. Mike Luzolo, avocat et acteur social au sein de la fondation «Nellya Pembele» a déclaré que les violences et harcèlements sexuels constituent une atteinte fondamentale à l’intégrité des femmes et des filles et entrainent des graves conséquences physiques et psychologiques. Cependant, ce comportement subsiste encore en RDC.

Il a indiqué que la pauvreté constitue un grand obstacle en RDC. Ce qui rend encore plus vulnérables les femmes de ménages. Elles n’arrivent pas à se défendre quand elles sont harcelées ou violées car la plupart d’entre elles ne sont pas instruites et ne connaissent pas leur droit. D’autres, par contre, préfèrent des arrangements à l’amiable. Or il existe des lois en RDC qui les protège.

Législation sur le droit des femmes

Le protocole de Maputo, dans son article 5, prévoit que les Etats interdisent et condamnent toutes les formes de pratiques néfastes qui affectent négativement les Droits humains des femmes et qui sont contraires aux normes internationales.

De même, la Constitution de la RDC du 18 février 2006, modifiée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles du pays, en son article 15, prévoit : «Les pouvoirs publics veillent à l’élimination des violences sexuelles ».

Le législateur congolais, par contre, fait preuve d’une générosité répressive étonnante et regrettable en faveur des personnes se rendant responsable de violences sexuelles à l’égard des femmes qui ont atteint la majorité (18 ans ou plus).

Pour cela, les autorités de la RDC doivent prendre en particulier toutes les mesures appropriées sur le plan national, bilatéral et multilatéral en vue d’empêcher que les femmes ne soient incitées ou contraintes à se livrer à une activités sexuelles sans consentement.

Responsabilité du pouvoir public face aux harcèlements et violences sexuels faites aux femmes

Contacté par l’ACP, un agent du Parquet de Kinshasa Ngaliema qui garde l’anonymat a précisé que l’élément constatif de l’infraction due aux harcèlements et violences sexuels est défini dans le code de la loi, notamment dans l’article 170 du code pénal, livre 2.

Dans ce cas précis, il faut que la victime dénonce et accepte d’être auditionnée pour établir s’il y’a harcèlement, viol ou pas car cela dépend de l’interprétation d’une personne à une autre.

Pour que la victime obtienne justice, il faut qu’elle poursuive sa lutte, une fois qu’il l’ait dénoncée. Le Ministère public ne peut que classer le dossier que quand le plaignant abandonne les poursuites. Quand il y’a désistement ou abandon, le doute s’installe et en cas de doute, cela profite à l’accusé, précise la même source.

Interrogé par l’ACP,  M Roger Kalama, officier de la police judiciaire (OPJ) du sous-commissariat «Penepene» au quartier  CAC (Cité des Anciens Combattants), dans la commune de Ngaliema, a indiqué qu’il a déjà entendu parler d’harcèlement sexuel ou de viol à l’endroit des femmes de ménages dans sa juridiction, mais aucune plainte n’a été enregistrée ou déposée.

Pourtant, a-t-il ajouté, ce genre d’affaire intéresse plus la police qui a l’obligation de protéger les personnes. Pour cela, il faut d’abord qu’il ait dénoncé pour permettre à la police d’exercer sa mission, celle de mettre la main sur l’accusé et d’orienter le dossier à qui de droit.

De son côté, l’inspecteur  en chef de la division de l’Inspection de la Police judiciaire (IPJ) de la commune de Ngaliema, a souligné que les victimes refusent de porter plainte dans ce genre de situation vu que la plupart des femmes harcelées ou violées pensent que leur histoire sera exposée au grand public et que pour obtenir justice, il faut avoir suffisamment d’argent. Ces préjugés les obligent à accepter leur situation et à vivre avec et elles ne dénoncent pas.

«Si ces femmes portent plainte, l’IPJ a la responsabilité de réprimer les criminels sans tergiverser», a-t-il enchéri.

Bien qu’une baisse de cas de viol ait été constatée, comme l’ont indiqué les statistiques du Parquet de Kinshasa Ngaliema, toutefois, le harcèlement et le viol demeure toujours un enjeu de santé publique et une violation des droits des femmes et des filles. «On ne peut pas construire un État de droit là où les femmes continuent de subir des abus physiques, psychologiques et sexuels, car ceci constitue un grand obstacle au développement et à l’épanouissement de la personne humain», note-t-on. ACP/CL/May