Vient de paraître : «Ituri – Terre et identités sous tension»

0
155

Bruxelles, 27 avril (ACP).- «Ituri – Terre et identités sous tension», tel est le titre d’une monographie de 571 pages et abondamment illustrée que le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) consacre à la province de l’Ituri, 15ème entité politico-administrative examinée sur les 26 provinces de la RDC.

Issu de la province Orientale démembrée, l’Ituri est une province dont « l’histoire est jalonnée de tragédies, où les plus puissants se disputent sa terre et ses habitants », relève dans la préface Guido Gryssels, directeur général du MRAC.

Celui-ci note qu’au cours des décennies, « quelques grandes familles imposèrent, par la force de leur position et d’une législation tournée à leur avantage, leurs prétentions sur des terres au détriment des paysans quien tiraient leur subsistance, sous la forme de parcelles individuelles ou de terrains régis selon les principes des communs (commons) ».

Quant à Jean Omasombo Tshonda, professeur à l’Université de Kinshasa et chercheur au MARC, qui a dirigé l’équipe de production de cette monographie, il observe, dans l’avant-propos, qu’ « au-delà de la conflictualité récurrente de certains de ses peuples locaux, la région de l’Ituri avait continuellement exigé de se soustraire aux dominations extérieures et de manière presque obsessionnelle à l’emprise de Kisangani », chef-lieu administratif régional.

L’Ituri est la seule province congolaise où se retrouvent les quatre principaux groupes ethnolinguistiques d’Afrique, à savoir les Pygmées (Munti), les Bantu (Bira, Nyali, Ndaka, Magungu, Lokoli, Nyali, Budu, Mbo,etc.), les Soudanais (Lendu, Ndo-Ukebu, Lese, Kaliko, Lugbara, Madi-Moru, etc.) et les Nilotiques (Alur, Hema, Kakwa,). On y trouve aussi des «Arabisés», c’est-à-dire des «gens hétéroclites frottés d’islam  et qui ont atteint l’Ituri à la fin du XXème  siècle dans la mouvance des Arabo-swahili esclavagistes et trafiquants d’ivoire».

Evoquantla coexistence entre ces populations, Jean Omasombo constate, par exemple, que «malgré ce qui les différencie encore aujourd’hui, les Bale et les Bira agriculteurs ont approché les Hema éleveursdans les territoires de Djugu et Irumu».

En Ituri, on vit de la chasse, de la cueillette, de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et du commerce. Parmi les cultures vivrières, on compte les légumineuses (haricots, arachides, soja), les tubercules (manioc, patates douces, pommes de terre’, etc.), les plantes annuelles (bananes), les cultures chères (tomates, carottes, choux, aubergines, courges, épinards, oignons, poireaux, etc.), ainsi que les céréales (riz, maïs, sorgho, paddy), le tabac et les cultures fruitières.

Le bétail, point de cristallisation des violences

Les cultures de rente concernent particulièrement le caféier et le cacaoyer. Il y a aussi les activités d’élevage (bovins). La question du bétail a été «un point de cristallisation des violences lors du cycle de conflits en 1999», souligne Jean Omasombo. Et Guido Gryssels observe qu’entre les mains des grands fermiers – «l’aristocratie foncière» – la vache, «dont la valeur était avant tout de nature sociale (synonyme de prestige), est devenue un outil d’accumulation et un symbole d’accaparement, à mesure que sa valeur spéculative marchande progressait».

Le secteur minier est marqué principalement par l’exploitation de l’or.Sur ce plan, l’Ituri contiendrait, avec la province du Haut-Uélé, les réserves non exploitées les plus importantes au monde. On dénombre trois types d’exploitation minière : le secteur minier industriel, le secteur semi-industriel et le secteur artisanal.Il existe en outre un secteur forestier important, avec deux catégories d’exploitants : les compagnies industrielles, devenues rares, et les opérateurs artisanaux.

Concernant la faune, on y trouve des réserves à okapis, des rivières poissonneuses, des amphibiens et des reptiles, divers oiseaux, des mammifères (chimpanzés, lions, buffles, éléphants, antilopes, léopards, pangolins, etc.).

Les activités commerciales et les échanges sont fréquents et réguliers, car  l’Ituri, de par sa position, se trouve intégré à des circuits d’échanges transfrontaliers importants, avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. ACP/