La période 1930-1950 marquée par l’avènement de l’air « Rumba » (2)

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Kinshasa, 10 août 2021 (ACP).- Le journaliste Clément Ossinonde  révèle dans les résultats de ses recherches sur la musique congolaise qu’entre 1934 et 1938, l’air de la «Rumba» fait son apparition sur les deux rives du fleuve Congo. En effet, Introduite à Cuba au 18ème siècle par les esclaves originaires du Royaume du Kongo, «Kumba» danse du nombril, deviendra «Rumba» selon la prononciation particulière des colons espagnols. Elle fera son retour au Congo après avoir triomphé à Cuba, aux Etats-Unis et en Europe.

C’est au fur et à mesure, note-t-il, que l’immigration des différents africains de l’ouest, des européens et des antillais prenait son ampleur grâce à l’installation des grandes firmes de commerce et de transit, et aussi des biens, des fonctionnaires des colonies, naquit le brassage qui fit découvrir aux Congolais, la Rumba et bien d’autres musiques comme la Biguine des Antilles et le High life nigérian ou ghanéen.

Selon lui, au Moyen-Congo et à Brazzaville, le groupe «Congo Rumba» constituera le sommet d’un projet imaginé par les guitaristes congolais Kakou et Mozebo et finalisé par l’antillais Jean-Réal (coopérant français).

Il imprime au groupe des standards modernes qui dépassent largement le cadre de la rumba, comme la Biguine, le boléro, etc.

Quant au Congo-Belge et à Matadi, c’est à l’orchestre «Excelsior» des travailleurs ouest-africains « coast-men » que l’on doit l’introduction de la Rumba, le high life, la biguine, etc. Composé d’excellents musiciens jouant à plusieurs instruments modernes, l’orchestre « Excelcior » a évolué sous la direction de son chef ghanéen, M. Thobas.

Il fait remarquer qu’à partir des années 40, la forme d’expression musicale des groupes «Excelsior» et «Congo Rumba», plusieurs groupes de forme d’expression vocale des années 30, commencent à construire les premiers arrangements musicaux, sous formes des musiques du monde pour satisfaire les goûts des mélomanes cosmopolites des grandes villes du Congo-Belge (Léopoldville) et du Moyen-Congo (Brazzaville)

Il cite quelques formations dont le style s’intégrait parfaitement à l’environnement musical des années 40 : Victoria Brazza 1941 (Paul Kamba), Victoria Kin 1943 (Wendo), Orchestre Liège (1940), Armonie Brazzaville (1942), etc.

Apparition des premiers grands orchestres de cuivres

Par ailleurs, différemment des groupes précités, deux grands orchestres de cuivres sous la forme de « Jazz band » de la Nouvelle Orléans (USA) voient le jour : «Odéon Kinois» d’Antoine Kasongo (Léopoldville) et « Melo Congo » d’Emmanuel Dadet de Brazzaville. Plusieurs groupes de ce genre vont voir le jour à Brazzaville et à Léopoldville.

En 1945, la vulgarisation de la musique de danse prend une ampleur telle que les protagonistes de celle-ci se comptent par dizaines. Parmi eux, ceux qui arrivent à construire des meilleurs arrangements musicaux sous forme de la Rumba, de la Biguine et de la Polka Piké.

Parallèlement à la musique d’agrément, la musique profane représente la composante religieuse bien organisée et en pleine évolution chez les Catholiques et les Protestants.

 Une musique qui a trait à des chorales à plusieurs voix dont la nature chez les Catholiques épousait les chants grégoriens en latin ou des chorales en langues vernaculaires. Parmi les organistes qui seront expérimentés dans ce genre, on compte Joseph Kiwele (Léopoldville) Raymond Nguema et les pères spiritains Lebaye et Remy (Brazzaville).

Création des deux premières éditions musicales

Entre 1946 – 1948, les premières éditions musicales apparaissent à  Léopoldville (Kinshasa) : 1946 : « Olympia » (African Série – Patou), 1948 : « Ngoma » (Nico Jeronimidis), 1949, «  Kina » (Benatar) et Gallotone (Katanga). Ces quatre premières éditions musicales donnent l’occasion aux précurseurs de la musique congolaise moderne de s’employer activement dans une carrière phonographique qui sera suivi avec d’autres firmes.

Les années 50 : les fabuleuses années de la musique populaire congolaise

 Selon Clément Ossinonde, la décennie 50 peut être considérée comme l’âge majeur qui apparait à l’apogée de la musique congolaise moderne. C’est la décennie d’une ambiance festive au cours de laquelle deux puissants alliés de la musique, à savoir : la radio et l’industrie phonographique sont en pleine effervescence.

S’agissant de l’industrie phonographique, l’engagement à fond des grandes nouvelles éditions musicales voient le jour : 1950 (Kina) devient « Opika » et «Loningisa », 1953 : « Cefa » et 1956 : « Esengo » dans la nouvelle forme d’expression qui allait ouvrir la voie à tout un grand nombre d’artistes et des orchestres.

Parmi ceux-ci, il a épinglé les groupes et les musiciens ci-après : « African Jazz » (Kabasele), « Negro jazz » (Kaba), « OK Jazz » (Essous puis Luambo), « Rock-A-Mambo » (Malapet), « Conga Jazz » (Ebengo), « Maquinaloca » (Fylla), » Novelty » (Pincky), « Les Bantous » (Essous), Henri Bowane, Léon Bukasa, Manuel d’Oliveira, Lucie Eyenga, Marie Kitoto, Martha Madibala, «CDJ » (Diaboua), Antoine Moundanda, etc.

Enfin, les années 50 c’est aussi, surtout l’avènement du duo mémorable Zacharie Elenga « Jhimmy » (guitariste hawaïen) et Paul Mwanga (chanteur) qui constituera le plus grand évènement de l’année 1950. « Jhimmy » aura surtout le mérite d’avoir comme élèves Charles Mwamba « Dechaud » et Emmanuel Tshilumba Baloji « Tino Baroza ».

Il relève comme fait saillant de cette décennie, l’obtention par Antoine Moundanda du 1er Prix « d’Osborn awars de l’Aficanus society » (Afrique du Sud) octroyé en 1954 grâce à sa chanson « Mwana aboyi mama » et félicitations de l’UNESCO pour avoir introduit un instrument traditionnel dans la musique moderne.

Bref aperçu biographique de Clément Ossinonde

Clément Ossinonde est né à Lekety dans le département de la Cuvette-ouest, au Congo-Brazzaville, en 1939. Il est chroniqueur culturel et assure particulièrement ses chroniques musicales avec passion à Radio-Congo de 1969 à 1978, ensuite à Radio Liberté de 1999 à 2000.

Ancien président de l’Union des musiciens congolais (UMC) de 1969 à1977, ancien président de l’Union nationale des écrivains et artistes congolais (UNEAC), de 1975 à 1978, I est auteur de plusieurs ouvrages d’une dizaine d’ouvrages qui parlent des grands noms de la musique de la RDC et du Congo Brazzaville. ACP/Zng/Fmb/Thd