Somalie : une crise au sommet de l’Etat réveille le spectre de la violence

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Kinshasa, 09 septembre 2021 (ACP).- Le conflit entre le Président somalien Farmajo et son Premier ministre Mohamed Roble a pour toile de fond un imbroglio électoral qui empoisonne la vie politique de ce pays de la Corne de l’Afrique, déjà fragilisé par l’insurrection jihadiste shebab, ont rapporté jeudi, les médias internationaux.

Les  sources indiquent que Les relations entre les deux hommes n’ont pas toujours été tendues. Président depuis 2017, Farmajo a nommé Mohamed Hussein Roble en septembre 2020.

Ce technocrate de 57 ans, ingénieur de formation ayant vécu en Suède, est souvent resté dans l’ombre du très politique Farmajo, 59 ans, rompu à la pratique du pouvoir par ses expériences au sein du ministère des Affaires étrangères dès les années 1980, qui l’ont conduit au poste de Premier ministre (2010-2011).

Quand la prolongation de son mandat a plongé en avril le pays dans une des pires crises politiques de ces dernières années, Farmajo s’est tourné vers son consensuel Premier ministre pour désamorcer la situation, lui confiant le 1er mai la charge de préparer l’élection présidentielle qu’il n’était pas parvenu à organiser.

Mohamed Roble a réussi à mettre autour de la table tous les acteurs, qui ont convenu d’un calendrier électoral.

Fort d’une certaine popularité, il a ouvertement défié Farmajo à plusieurs reprises. En août, il s’est ainsi rendu au Kenya, amorçant un dégel des relations diplomatiques entre les deux pays, malgré l’interdiction édictée par le président de conclure des accords avec des entités étrangères avant les élections.

Le week-end dernier, Mohamed Roble s’est opposé à la puissante Agence nationale des renseignements et de sécurité (Nisa) dirigée par Fahad Yasin, un intime de Farmajo, face au tollé suscité par les conclusions de son enquête sur la disparition d’une de ses agents.

Roble a limogé Fahad Yasin, déclenchant une riposte immédiate du président, qui a nommé son vieil ami – grand artisan de sa victoire à la présidentielle de 2017 – au poste de conseiller présidentiel à la sécurité.

Mercredi soir, Mohamed Roble a limogé le ministre de la Sécurité Hassan Hundubey Jimale et l’a remplacé par Abdullahi Mohamed Nur, un critique de Farmajo. Décision qualifiée jeudi matin d' »invalide » par le chef de l’Etat.

Avant même cette crise, le processus électoral avait pris du retard, rendant impossible l’élection du président à la date prévue du 10 octobre.

La désignation des membres de la Chambre basse, dernière étape avant l’élection du chef de l’Etat selon le complexe système électoral indirect somalien, doit se tenir entre le 1er octobre et le 25 novembre.

« Ce conflit, s’il n’est pas résolu à l’amiable, compliquera tous les efforts politiques en cours, y compris le processus électoral, qui sera retardé, voire complètement arrêté », redoute Abdikani Omar, ancien haut fonctionnaire interrogé par l’AFP.

Mohamed Roble a déjà accusé Farmajo de vouloir récupérer « les responsabilités électorales et sécuritaires » qu’il lui avait confiées.

La Somalie est confrontée depuis 2007 à l’insurrection jihadiste des shebab, évincés de Mogadiscio en 2011, mais qui contrôlent toujours de vastes zones rurales et mènent régulièrement des attentats dans la capitale.

Organe-clé dans la lutte contre les shebab, la Nisa ne peut pas se permettre un affaiblissement.

L’impasse électorale a déjà dégénéré fin avril en affrontements armés sur la base d’allégeances politico-claniques à Mogadiscio, rappelant les heures sombres de la guerre civile qui a ravagé le pays après 1991.

« Nous avons vu en avril à quelle vitesse Mogadiscio peut devenir un lieu de confrontation dans le cadre d’un effondrement politique plus large », redoute Omar Mahmood, analyste à l’International Crisis Group (ICG). ACP/ZNG/NKV/MNI