La SNEL à rude épreuve face aux vols  récurrents des conducteurs en cuivre dans l’ex Katanga

Lubumbashi, 12 août 2019 (ACP).- Il ne se passe plus un jour sans que la Société nationale d’électricité (SNEL) ne  déplore un cas de vols des conducteurs en cuivre, transportant l’énergie en haute tension vers les grandes villes minières de l’ex province du Katanga, à savoir Lubumbashi, Likasi et Kolwezi, au sud-est de la RDC. En une semaine, fin juillet et début août, plus  de 3.000 mètres de conducteurs en cuivre ont été sectionnés sur l’axe Kolwezi-Likasi-Lubumbashi, villes actuellement gravement secouées par ces actes de vandalisme.

Rien que dans la nuit de lundi 5 à mardi 6 Aout, selon les informations livrées par la SNEL locale, plus de 600 mètres de conducteurs avaient été emportés au  niveau du village « Nguba » sur les couloirs  de  lignes Fungurume-Likasi, à 40 km de Fungurume, perturbant ainsi gravement le transport d’énergie vers ces deux  villes ainsi que les réseaux associés Kolwezi Lubumbashi. Les derniers cas en date  remontent  dans la nuit de mercredi à jeudi dernier où  253 m de conducteurs  ont été volés sur la ligne haute tension de Luilu I,  sur les mêmes couloirs électriques. «Si on y prend garde, toute l’industrie minière, principale source de devises du Trésor public, s’arrêtera», a martelé un intellectuel de l’ex-Katanga sous le sceau d’anonymat.

Les  réseaux électriques associés de l’ex Katanga, reliés par les lignes haute tension, partent des centrales hydroélectriques de la province de cette province, ainsi par la Station de conversion de Kolwezi(SCK), point de chute de la ligne à courant continu Inga-Kolwezi, 1774 km qui part de la province du Kongo Central, Ouest du pays, à Kolwezi, capitale provinciale de Lualaba. Depuis plus de 6 ans, ces réseaux interconnectés sont  en proie aux vols à répétition des conducteurs en cuivre pur, servant de transport de l’énergie haute tension vers les grandes villes.

La semaine dernière, le directeur général de la SNEL, Jean-Bosco Kayombo  Kayan a dépêché une délégation d’experts dans l’ex-Katanga pour sensibiliser les autorités administratives et politiques à ce fléau qui a pris une ampleur démesurée, causant des dégâts économiques et sociaux incalculables. «Des villes entières sont privées d’électricité et des industries minières poussées à l’arrêt chaque fois», s’est lamenté Jean-Bosco Kayombo Kayan. Installés aux années 1960, pour certains et 1972, pour d’autres, les conducteurs en cuivre de la SNEL n’avaient jamais fait l’objet d’une telle sollicitation négative. Cependant, ce phénomène né ces dernières années, s’est amplifié avec la libéralisation du secteur minier en RDC.

La SNEL, ne jouant pas le rôle de surveillance et de protection des biens publics, appelle à une implication et à une mobilisation du gouvernement, des forces vives et de populations de la RDC pour enrayer ce phénomène. En dépit du fait que l’entreprise fournit des efforts internes contre le fléau, avec quelque 26 millions USD déjà consenti pour des réparations et des remplacements des conducteurs volés,   elle tourne un regard vers l’Etat congolais, puissance publique et actionnaire majoritaire,  pour endiguer ce phénomène.

Le maire de Likasi appelle à une collaboration  renforcée avec la SNEL

Quand bien même que la  situation  de vol à outrance des conducteurs en cuivre de la SNEL connaît une accalmie autour de Likasi, le maire de cette ville, le Dr Petwe Kapande  avait  exprimé, lors d’un entretien avec la presse la semaine dernière, la nécessité de renforcer la collaboration avec la SNEL et  proposer la sensibilisation de la population à dénoncer les cas de vols des conducteurs en cuivre de lignes de transport de l’électricité.

A cette occasion,  le maire avait révélé que «ce phénomène est né à partir de libéralisation du secteur minier en RDC». Au maire de poursuivre que ceci «n’a pas existé à l’époque où l’Union minière qui était devenue par la suite la GECAMINES, avait le monopole du secteur. Mais la libération actuelle pousse  certains opérateurs à s’enrichir de fois frauduleusement avec un produit volé, notamment le cuivre pur utilisé par la SNEL.»  «Nous devons nous mobiliser, afin que la SNEL survive, parce que si cette entreprise disparaissait,  ce serait un recul à la civilisation», a dit le maire de Likasi qui s’est engagé à sensibiliser les services publics  et la population à redoubler d’efforts pour dénicher les malfrats, avant de faire remarquer que grâce aux efforts combinés de services de sécurité, Likasi a réussi à  diminuer les tentatives de vols dans ses alentours.

Des enquêtes approfondies s’imposent pour arrêter les commanditaires

De son côté, le ministre provincial de l’Energie de la province du Lualaba, Patrick Kakwata a annoncé l’ouverture des enquêtes pour trouver les commanditaires des vols  prémédités des conducteurs en cuivre par lesquels la Société nationale d’électricité (SNEL) transporte de l’énergie électrique  vers les grandes villes. S’exprimant devant la presse de la capitale, le ministre provincial avait affirmé que «ces gens sont contre la République». «Nous allons sévir car l’Etat n’a pas d’amis», a dit le ministre qui a saisi cette  occasion pour demander les auteurs de ces  vols  d’arrêter.

Patrick Kakwata en a appelé à la conscience publique, afin de démobiliser contre ces pratiques. Ces
actes, a-t-il ajouté, reculent  la SNEL. Il a fait savoir que des précautions sont prises pour une  réaction proportionnelle à ces actes qui reculent la République, avant de promettre d’accompagner la SNEL qui occupe une place de choix dans le gouvernement provincial car, celui-ci accorde une priorité au secteur de l’électricité.

Les  émissaires de la direction générale de la SNEL ont, de leur côté, plaidé  pour des enquêtes  devant dénicher les mains noires, pénétrer le circuit de vente et d’achat des conducteurs électriques en cuivre, en vue d’éradiquer  ce fléau comme l’ont fait certains pays où l’Etat avait réussi à infiltrer les circuits de vente illicite des conducteurs en cuivre et le phénomène avait été maîtrisé, ont-ils  rapporté.

L’exécutif provincial du Lualaba promet de traquer les voleurs des conducteurs en cuivre jusqu’à leur dernier retranchement

Au cours d’une réunion du conseil provincial de sécurité, le ministre provincial de l’Intérieur de Lualaba, Deodat Kapenda wa Kapenda, avait  promis de traquer, jusqu’à leur dernier retranchement, les voleurs de conducteurs en cuivre de la Société nationale d’électricité(SNEL). «Aujourd’hui, si on arrive pas à mettre la main sur les voleurs de conducteurs, demain on mettra la main sur les voisins de ceux qui cachent les voleurs de câbles», a dit le ministre provincial.

Pour le ministre Kapenda wa Kapenda, les coupures de courant  dues aux vols des conducteurs, ont un impact négatif sur la sécurité,  entament la production industrielle, la chaîne de froid et la santé de la population. «Tant que ces bandits n’ont pas arrêté cette sale besogne, l’autorité continuera à chercher des stratégies. Les services spécialisés continuent de chercher les coupeurs et les acheteurs des conducteurs électriques de la SNEL», a-t-il rassuré.

Le développement de l’ex Katanga risque de déraper à cause de vols répétés des conducteurs  de la SNEL

Après des rencontres avec les autorités provinciales, sur l’objet de leur mission d’impliquer les autorités politico-administratives à la lutte contre ce fléau de vols des conducteurs en cuivre, les délégués de la  SNEL ont qualifié ce phénomène d’un «coup dur sur le développement économique de l’ex-Katanga».

Ainsi, ont-ils plaidé pour que l’Etat, la puissance publique,  puisse infiltrer les réseaux des voleurs, des vendeurs et des acheteurs des conducteurs en cuivre. «La SNEL construit de grandes installations électriques dans le Lualaba, mais avec ces actes de sabotages à grande échelle, un  frein s’affiche devant le développement de  ces grandes provinces minières de la RDC», a dit un des émissaires de la société.

Somme toute et en dépit de la détermination des autorités politiques et administratives provinciales à combattre le fléau, la situation est d’autant plus gravissime qu’elle impose une riposte à la hauteur de ce que d’aucuns qualifient de «crime économique», où des « actes antirépublicains». ACP/DNM/Fmb/JLL/CKM

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